Réflexion à propos de la télévision et du web

Un nouveau média hybride est en train de naître: entre tv et web. L’an dernier, je tenais ce discours devant un parterre de sceptiques étudiants en communication. Je prédisais alors que d’ici 3 à 5 ans, les choses changeraient dans nos habitudes de consommation de la télévision traditionnelle, mais aussi que les producteurs et diffuseurs n’auraient plus le choix de transformer leurs modes de productions. Et voilà que nous y sommes presque. Il est indéniable devant les chiffres des départements de marketing que les habitudes de consommation du public ont considérablement changées. Surtout chez les jeunes. Ils passent beaucoup plus de temps devant l’Internet que la télévision. Ici, ils choisissent davantage ce qu’ils regardent, et quand ils le regarde, ils réagissent, ils commentent, ils participent, ils sont en réseau avec leurs pairs.

Devant les faits, les diffuseurs et producteurs traditionnels bougent lentement. Pourquoi, face à une situation où les impératifs économiques font une pression si grande, ils tardent à s’adapter - du moins au Québec-? Réponse: Ils ne comprennent pas réellement le fonctionnement de ce nouveau médium. Ils tentent d’adapter leur vieux modèle de diffusion télé à l’Internet, alors que l’Internet fonctionne avec ses propres stuctures communicationnelles, qui sont complètement différentes. Les producteurs et diffuseurs doivent donc reconnaître ce fait avant de pouvoir faire un pas de plus vers le web. Mais il faut se lever tôt pour faire bouger un dinosaure. Vaut mieux peut-être abandonner la bête et repartir en neuf. Le vieux dinosaure ne veut pas quitter son paturage, même sec, il devra donc y mourrir.

Différences technologique et sociale

Sur le web, les possibilités de visionnement plein écran de belle qualité, haute-définition, haute résolution et haute-vitesse deviennent technologiquement possible - ex. Joost, Miro, Neave.tv -. Ceci modifie la donne quand aux habitudes de visionnement de vidéo avec contenu accessible via le net. Les deux médias - tv et web - s’influencent, mais le public n’est pas tout à fait le même. Des transformation (quand à la forme) en profondeur sont encore à prévoir du côté du web. La technologie évolue rapidement, et la qualité visuelle et sonore grandit toujours, et elle compétitionne maintenant directement avec la télévision.

La différence est plus grande encore, et c’est là que les producteurs et diffuseurs doivent vraiment s’ouvrir les yeux: c’est une question de culture web. La différence provient des possibilités des interactions sociales, de la stucture même qui permet d’offrir les contenus. Le public n’est pas à l’autre bout du spectre d’une chaîne de communication, il est tout à côté. L’usager est côté-à-côte avec le diffuseur-producteur. Il est son égal. L’usager devient en fait membre d’une communauté, et cette communauté existe seulement si tout le monde s’implique: Internaute et producteur-diffuseur. L’usager est actif (du moins 10% du public est actif) et il est aussi émetteur. Il interagit, il commente, il apporte même des contenus si il lui est possible de le faire. En fait, les site de web-tv qui fonctionnent (et qui évoluent) appellent une interaction du public. Mais ce public veut aussi recevoir de la qualité, il veut qu’on lui donne des contenus qui lui ressemblent, des contenus qui ciblent ces intérêts. L’internaute se sent impliqué si il existe une ligne directrice claire dans l’approche du diffuseur-producteur. La force des nouveaux producteurs et diffuseurs qui comprendront vraiment le fonctionnement et les possibilités de la vidéo interactive sur Internet réside dans la compréhension de ces notions, et dans l’audace qu’ils auront.

Les impératifs économiques forcent producteurs et diffuseurs à faire évoluer le petit écran pour répondre aux nouvelles tendances. Mais je pense qu’ils ne saisissent pas l’ampleur des possibilités qu’offrent les réseaux sociaux et la modulation des contenus spécialisés. Ils doivent admettre la transformation sociale apportée par Internet, non seulement les critères économiques. C’est une question de cuture web.

6 Commentaires

  1. Soumis le 2008/06/02 à 06:22 | Permalien

    Très fine analyse. L’exemple est (hélas) encore à prendre chez nos voisins du sud. Après NBC News et ABC, c’est au tour de CBS de proposer un lecteur exportable pour ses vidéos. Quoi d’exceptionnel ? La TV commence juste à comprendre que le Web n’est pas l’ennemi. Le danger vient davantage du renfermement sur soi. Ils comprennent enfin qu’ils doivent s’ouvrir et aller où est le consommateur/spectateur, sur les blogues et sites tiers. J’espère qu’il restera assez de temps à nos TV québécoises pour s’adapter à ce nouvel ordre médiatique. Je le souhaite vraiment.

  2. Soumis le 2008/06/03 à 04:49 | Permalien

    Merci Laurent. Oui effectivement, une crainte diffuse plane sur certains télédiffuseurs quand ils pensent à Internet. Encore une fois, c’est une question de culture web, et je souhaite que la pression économique les force à une ouverture. Car sinon on pourrait manquer le train. Un autre élément à considérer est l’angle international possible des productions web, complétement abscent des réflexions et des projets des télédiffuseurs québécois. Pourtant le web c’est le monde à notre portée (le monde anglophone, mais aussi toute la vaste francophonie mondiale).

  3. Soumis le 2008/06/04 à 09:46 | Permalien

    Merci pour ce post qui resume très bien la situation actuelle… en passant avez vous déja eu le privilège de visionner la conférence de Marc Pesce, Piracy is Good?, traitant de l’hyperdistribution (diffusion télévisuelle à travail internet à travers des protocoles comme bittorrent)?
    Si non, ne vous privez pas :
    http://hyperperception.blogspot.com/2008/04/hyperdistribution.html
    J’ai y aussi inclus un petit article que j’ai écris sur le sujet :)

  4. Soumis le 2008/06/05 à 09:49 | Permalien

    Je n’avais pas visionné cette conférence. Merci pour ce lien.

  5. Soumis le 2008/10/14 à 05:30 | Permalien

    C’est le fun de voir que le Québec se met de la partie avec des séries pour le web (Exemple : Chez Jules) ou en mettant à la disposition des “webspectateurs” le contenu distribué sur la télévision avec possibilité de laisser des commentaires. Mais ce que je trouve dommage, c’est qu’on ne peut pas “embeded” le vidéo sur notre blogue. (Par exemple) Je ne vois pas “l’embeded” de vidéo comme un vol, mais comme un partage. Il me semble que ce soit une façon assez facile de faire la promotion du dit vidéo non? D’autant plus que le nouveau web en est un de partage…

  6. Soumis le 2008/10/15 à 10:00 | Permalien

    Oui Valérie, tu as tout à fait raison. Mais plusieurs capsules de web-tv se retrouvent aussi sur les sites de partage vidéo. Ce n’est pas encore le cas de chez Jules, d’ailleurs…

    Je t’invite à lire mon nouveau billet qui a été provoqué par ton commentaire, et dans la foulée de ma réflexion sur la sous-représentativité des rélisateurs québécois dans les sites de partages sociaux.
    Y.

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