Je viens de recevoir un courriel de mon association professionnelle, l’ARRQ (Association des Réalisateurs et Réalistrices du Québec). L’ARRQ lance un appel afin de connaître la liste des “effets pervers” de la diffusion des vidéos sur le web. Je vous demande de me donner votre liste des effets bénéfiques de la diffusion des vidéos sur le web!
Lisez çi-bas ma réponse à l’ARRQ… et la missive envoyée par l’Association des Réalisateurs et Réalisatrices du Québec.
Voici l’appel lancé par l’ARRQ:
LE CRTC ET LES NOUVEAUX MÉDIAS
Appel aux membresL’AQTIS, l’ARRQ, la GMMQ, la SARTEC, la SODRAC, la SPACQ et l’UDA ont signé un mémoire conjoint en réponse à l’Avis d’audience publique de radiodiffusion CRTC 2008-11 : La radiodiffusion canadienne par les nouveaux médias.
Nous devrions comparaître à l’audience du 17 février 2009 devant le CRTC. Il sera alors demandé aux présidents des syndicats et associations de dire quels sont à leur avis les effets pervers de l’Internet sur la profession de leurs membres.
Nous avons déjà identifié certains de ces effets sur les œuvres audio visuelles réalisées par les membres de l’ARRQ et diffusées en totalité ou en partie sur le net:
- travail non rémunéré
- changement de format et de durée (amputation de l’œuvre)
- perte de contrôle du contenu
- augmentation de la charge de tournage, également non rémunérée, lorsqu’il s’agit de réaliser des segments spécifiquement pour le net (des entrevues, par exemple)Le présent appel à tous a pour but de dresser l’inventaire le plus complet possible des effets pervers en question. Nous vous serions ainsi reconnaissants de nous aider à vous aider en nous faisant part par courriel des commentaires et exemples allant dans le même sens.
Salutations amicales.
Jean Pierre Lefebvre
Président ARRQ
Voici ma réponse:
Mise en contexte :
Je suis Yannick B. Gélinas, réalisatrice nouveaux médias, blogueuse et spécialiste en film 2.0. Je suis actuellement recherchiste pour Vlog, à TVA. J’ai été réalisatrice pendant 5 ans pour Silence, on court! première plate-forme de diffusion du web francophone. J’ai réalisé plusieurs entrevues pour le site web de l’ONF depuis des années. J’ai été chroniqueuse pour l’émission de cinéma Premières vues (VOX) où je parlais de technologie. J’ai été invitée à plusieurs reprises comme conférencière ou spécialiste afin de donner des ateliers autours des thèmes de la diffusion des films sur le web, ou encore de la poésie électronique. J’ai aidé les Réalisatrice Équitables à mettre leur blogue en place. Je suis membre de l’ARRQ depuis plusieurs années. Je possède un bac en cinéma et une maitrise en multimédia de l’UQAM.
Cher M. Lefebvre,
En tant que réalisatrice en nouveaux médias, et que spécialiste de ce domaine (le film 2.0), je suis très choquée de lire ceci. L’arrivée d’Internet est une transformation, mais elle est vraiment très positive, et cela je n’en doute pas du tout. L’ampleur de mes commentaires et réponses sont vraiment très vastes face aux points soulevés. La conférence de presse de l’ONF ce matin (qui lançait 700 titres accessibles gratuitement), et le projet d’accessibilité de leur collection, me prouve pourtant une évolution du milieu.
Je suis vraiment très déçue, et même choquée, de lire votre courriel. Il me démontre encore une fois l’incompréhension du milieu de la réalisation (et des autres associations) face à la réalité et aux incroyables possibilités positives qu’apportent la diffusion de vidéo sur le web. Nous vivons une véritable révolution de la production vidéo, et les points qui vous apparaissent négatifs pourraient devenir des forces si les enjeux qui les sous-tendent étaient mieux saisis. Que je me fasse bien comprendre: je pense qu’il faut respecter le droit d’auteur, et réménérer les artisans pour leur travail, mais je pense que la donne a grandement changé avec l’émergence de la diffusion sur le web. Les enjeux sont complexes, et les clefs pour les comprendres sont multiples.
Il est impératif que vous saisissiez l’essence de ces enjeux.
Le ton de mon appel peut sembler dramatique, mais comprenez que je suis une réalisatrice qui a fait carrière presqu’exclusivement par le web depuis 10 ans. Je suis une artiste multimédia, et sans le web ma production vidéo et ma carrière ne seraient pas ce qu’elles sont. Les possibilités du film 2.0 m’enthousiasment à un niveau vraiment très élevé. Je souhaite que ma passion et surtout la compéhension des divers enjeux pourront vous apporter une lumière, et vous aider à comprendre que la diffusion de la vidéo sur le web n’est pas un monstre, mais un phare positif qui amène avec lui une véritable révolution de la production de contenus vidéos et films. Ces possibilités ont pour impact un essor positif sur la carrière et les revenus des différents acteurs de la productions, si ils ont le flair et la vision d’en comprendre les enjeux et d’enter dans la danse au bon moment, de la bonne manière.
Je joint un document très bref que j’ai préparé pour une formation que je donne samedi matin (de 10h à 12h) à l’INIS, sur le film 2.0. Vous y trouverer la liste des thèmes abordés, et des liens vers mes chroniques sur le web où j’explique quelques notions clefs.
au plaisir de vous renconter, ou de répondre à vos questions.
Yannick B. Gélinas
16 Commentaires
Je suggère de poursuivre la liste des effets bénéfiques de l’internet plutôt que celle des effets néfastes… je suis certain que c’est quelque chose qu’on pourrait soutenir avec l’Alliance Numérique (qui dépose elle aussi un mémoire au CRTC durant ces audiences).
Bravo!
Très bon texte! Et dire que le communiqué a été publiée au lendemain de l’investiture d’Obama, un politicien qui, lui, a grandement compris le potentiel du web. La peur nait trop souvent de l’incompréhension…
Très intéressant. Et pour voir comment la prochaine génération (mes propres filles entre-autre) vivra et utilisera les médias, vous n’avez qu’à lire mon billet que j’ai écrit justement un peu plus tôt (étrange coincidence!)
Il est en anglais cependant: http://www.quebecvalley.com/2009/01/21/being-tv-and-cable-free/
Si ces gens ne comprennent pas alors ils ne comprendront pas tant que la nouvelle génération prendra la relève. C’est simplement une question de temps avant que le médium universel qu’est l’internet devienne le standard.
Et comme on dit: “if you can’t beat them, join them.”
Merci de vos commentaires, messieurs Praized.
Dominic: c’est vraiment très juste comme commentaire. Je me disais ce matin justement que je trouvais dommage que les médias ne parlent pas davantage de son site web nouveau pour la maison blanche http://www.whitehouse.gov/
où la politique (au pouvoir) passe enfin au mode 2.0. Enfin une démocratie de terrain où le peuple aura réellement une voix, et une écoute. Les médias traditionnels ne réalisent pas l’ampleur de ce changement.
Denis: je vais lire votre billet à l’instant. Merci du commentaire.
omg… ca me rappelle pourquoi le Québec est si lent pour adopter les nouvelles technologies de facon populaire. Encore la vielle théorie du: il faut controler le message! Les millions de personnes qui utilisent internet pour se divertir ne peuvent pas avoir être dans l’erreur! C’est à croire que si on donne tous les pouvoirs aux syndicats/associations des artistes, ils partiraient en inquisition (résultat de l’ignorance et d’un soif de pouvoir) contre les utilisateurs du web. Le web est un phénomène auquel les associations d’artistes ne peuvent pas s’opposer, ils doivent suivre le mouvement et tenter de comprendre les besoins des consommateurs et ensuite y trouver un modèle économique viable (et il y en a). Un point négatif, c’est qu’une des reproches communes aux associations d’artistes, c’est qu’elles désavantagent ceux qui débutent dans le domaine au profil de ceux qui y ont déjà une position confortable. Bien voilà, le web est une excellente facon de débuter et de garnir son portefolio. Et que font les associations, ils tentent de stopper la progression du web dans le domaine du divertissement.
Un seul mot pour résumer ce qui se passe: le principe de Peter (à voir obligatoirement sur wikipedia)
(en passant, pardon pour les erreurs de typos, c’est pas toujours facile d’écrire un commentaire sur un smartphone durant un cours d’oeuvre marquante de la télevision à l’UQAM)
Merci beaucoup Valentin pour ton commentaire. C’est tout à fait juste. C’est exactement le problème de l’UDA face aux petites productions artisanales et aux comédiens qui débutent. Mais il faut avancer, et l’essor de beaux modèles économiques et de projets artistiquement matures sur le web prouveront à tous que leurs craintes sont bien vaines. L’avenir, c’est bien ici.
merci Yannick pour avoir diffusé le communiqué de l’ARRQ et d’y répondre aussi intelligemment. Qu’il y ait des effets pervers est peut-être une chose… que les syndicats s’unissent ainsi pour répertorier UNIQUEMENT les effets pervers relèvent d’une absence totale de sens critique qui frôle la malhonnêteté intellectuelle: c’est prétendre qu’un seul côté de la médaille constitue la vérité. C’est effarant! À la décharge de l’ARRQ, je dois mentionner que le questionnaire envoyé par le CRTC en novembre dernier - si mon souvenir est bon- contenait la question posée exactement de cette façon (sur les effets pervers). C’est ainsi dire que le milieu de l’audiovisuel aborde encore les nouveaux médias avec une approche conflictuelle et non pas dans une perspective de collaboration. Alors, dis-nous, comment peut-on participer à ta liste d’effets bénéfiques?
Denis: je viens de lire ton billet. Intéressant point de vue. C’est ce que nous vivons aussi à la maison, à quelques exceptions près. Nos trois enfants sont aussi davantage intéressés par l’ordi et par RockBand que par la télévision. Quand un événement politique d’importance se déroule, c’est avec la télévision allumée et nos laptops sur les genous -sur des sites de diffusion vidéo, avec des possibilités de clavardage- que nous suivons l’information. En tant que réalisatrice, le cinéma et la télévision m’intéressent toujours. Je me me rends au cinéma, car un grand écran et un son panoramique dans une salle sombre correspond à mes standards de visionnement optimal d’un film tourné pour cette diffusion. Et j’adore revoir les grands classiques et les incontournables sur notre bonne vielle télévision (et nous utilisons notre ordinateur comme plate-forme de diffusion). Quand à la télévision comme média, ce sont les séries tv de qualité qui m’y attire, et les émissions rassembleuses. Mais le jour où les distributeurs m’offriront la possibilité d’achetter ses contenus facilement, je ne me rendrai beaucoup moins dans les clubs vidéo.
Yannick, évidemment chaque famille est différente
De notre coté, la TV était de plus en plus délaissée…
J’aimerais aussi apporter un point intéressant. Certains artistes utilisent l’internet à fond (avec grand ou peu de succès - cela dépend)
Je pense à Nine Inch Nails qui a récemment mis 400 GO (oui, GigaOctets!) de matériel vidéo haute définition (provenant de divers concerts) à l’usage de ses fans via BitTorrent. Leur message: “faites-en ce que vous voulez & amusez-vous!”
Ca prend des couilles pour faire cela mais ils ont compris ce que leurs fans veulent…
Le résultat: je suis certain que dans quelques mois, il y aura des dizaines de “DVD” et des clips de NIN un peu partout sur l’internet. Tous réalisés de façon différente et fait gratuitement par les fans. C’est une publicité immense et incroyablement fantastique faite par des volontaires. C’est tout simplement génial… Quoi demander de plus entre deux concerts?
Je pense qu’il faut préparer une liste des effets bénéfiques, et la transmettre à l’ARRQ, et au CRTC. Ces effets bénéfiques pourraient bénéficier d’un meilleur support au niveau des diverses instances et associations si la culture web était comprise plus largement. Leur réaction en est une de méconnaissance du phénomène. Quand on ne connait pas, on a peur…
Voici un article sur l’impact des vidéos de Monty Python distribués gratuitement.
http://www.boingboing.net/2009/01/23/monty-pythons-free-w.html
“Monty Python’s free web video increased DVD sales by 23,000 percent”. Rien de moins.
Très pertinent ton intervention, Yannick.
Mon petit doigt me dit que tout ça sent la préparation d’un mémoire pour le CRTC en vue d’une protection d’intérêts corporatistes…
Si je ne me trompe pas, ça veut dire que la liste des bénéfices ne doit PAS rester sur le web, elle doit absolument être portée au CRTC aussi, dans le cadre des audiences publiques qui débutent le 17 février prochain. Ce mémoire doit porter le sceau d’une autre institution crédible et être bâtie de façon classique (pas de “conversation”, pas une écriture blogue, signé par des noms reconnus)…
Je dis une “autre institution” car le combat à l’interne de l’ARRQ me semble un autre front. C’est un combat institutionnel, ici. L’ARRQ doit parler d’une seule voix. Le courriel est sans équivoque.
Je pense à l’Alliance numérique…
Tu as tout à fait raison Martin. Il faut donner suite à tout cela pour faire un équilibre éclairant pour toutes les parties, et ce de façon structurée au niveau des instances. L’Alliance numérique me semble le bon joueur, avec une crédibilité et une structure en place.
À relire: mon billet “les réalisateurs québécois trop rares sur le net”
http://www.yannickgelinas.com/2008/10/15/les-realisateurs-quebecois-trop-rares-sur-le-web/comment-page-1/#comment-8484
L’alliance numérique serait un bon vecteur de transmission, mais le mémoire qui sera dépose par l’Alliance au CRTC est écrit depuis longtemps (avant mon arrivée) et donc il faut trouver une autre stratégie. Par contre je crois bien que l’Alliance va supporter une telle initiative, faut juste trouver la formule. Mais je suis certain que l’idée d’avoir notre premier 5 à 7 de l’Alliance avec l’industrie télé/cinéma est un bon premier pas! (quelque part en mars).