Réalisatrices: prenez votre place sur le web!

Billet d’humeur de Yannick B. Gélinas (ou les fluctuations d’impatience d’une artiste techno qui vous veut du bien)

Le métier de réalisation est en pleine mutation. Et ne pas se préparer à cela est une grave erreur. Les femmes trouvent qu’elles sont désavantagées par rapport aux hommes? Ça tombe bien les filles, les gars ne sont pas en avance sur vous, pour une fois!

J’ai eu une rencontre cette semaine avec Lucette Lupien à propos de notre blogue des Réalisatrices équitables. Lucette est généreuse et dévouée pour faire avancer la cause des réalisatrices. Le comité de coordination du groupe, dont elle fait activement partie, investit beaucoup de temps et d’énergie, depuis deux ans, afin de faire progresser la cause de l’équité en réalisation auprès des institutions. À ce noyau dur des Réalisatrices équitables se greffe des inconditionnelles supporters, comme moi, qui croient que cette cause mérite d’être entendue, et supportée. L’égalité n’est pas atteinte, et même si les apparences de notre socitété québécoise tendent souvent à nous faire croire qu’elle est atteinte, on est loin du but. Les chiffres le prouvent. Il faut donc agir. Mon action à moi passe par la technologie et la communication.

Donc, personnellement, je supporte et j’ai aidé avec mon expertise, par la mise en place de ce blogue il y a deux ans. Puis j’ai passé le flambeau de la mise à jour du blogue à Isabelle Hayeur, qui a maintenu une certaine activité sur le blogue pendant des mois, avec les quelques indices que je lui avais prodigués à propos de l’écriture sur un blogue. Je sais qu’il n’est pas facile d’entretenir un blogue, d’écrire régulièrement, de répondre aux commentaires, et encore moins de réseauter et de laisser sa trace pour ramener le traffic chez soi… toutes ces tâches qui assurent le succès d’un blogue et sa popularité. Et un blogue est vivant si une communauté l’habite. Soyons francs: la communauté de réalisatrices ne fréquente le blogue des Réalisatrices équitables que de façon sporadique, accidentelle. Je suis plutôt seule, avec l’aide de quelques unes, à l’alimenter, en repubiant les courriels d’informations recueillies par Lucette Lupien, en effectuant les mises à jour de la présence du groupe sur les médias traditionnels. Donc, il n’y a pratiquement aucune rédaction de billets directement pour le blogue. C’est bien triste, mais c’est la réalité!

Ma déception

J’ai donc eu une réunion avec Lucette pour lui expliquer ma déception de ne pas voir les Réalisatrices équitables utiliser ce formidable outil qu’est le blogue pour communiquer, et ce depuis deux ans. Mais on ne peut se battre contre des moulins à vent, toute Don Quichotte voudrais-je être. J’ai l’impression d’offrir un billet ouvert sur un train haute-vitesse à des filles qui préfèrent prendre le vélo, car il roule bien, il est stable, et elle l’utilisent avec agilité depuis fort longtemps. En discutant, nous avons pris conscience de notre différence de point de vue. Lucette voit le blogue comme le lieu de partage et d’expression de celles qui sont déjà là (you-hou, y’as-tu kekun à part moi?) -ceci dit, je connais bien celles qui sont déjà sur le web, et le blogue des Réalisatrices équitables n’est PAS leur lieu de débat car elle ne s’identifient pas au groupe // on est dans la problématique de l’oeuf ou de la poule, là-. Et moi je vois le blogue comme un outil pour les Réalisatrices équitables, afin de documenter leurs actions et échanger à propos de leurs réflexions. C’est capital.

Groupe de pression ou réseau?

Je vois les Réalisatrices équitables comme un groupe de conscientisation, d’action et de réseautage pour les réalisatrices et les gens sensibles à la cause. Pour Lucette Lupien, Réalisatrices équitables est un groupe de pression. Toute la différence du monde, je pense. Mais pas incompatible. Je vais, comme prévu suite à mon premier atelier, donner un atelier pour aider les réalisatrices à écrire sur leur blogue elles-mêmes, sans passer par l’envoi de courriel. Nous pouvons être nombreuses à alimenter un même blogue, elles le font bien, elles. On se connecte: on écrit un billet ou on partage de l’info, on donne son opinion, on réagit à un sujet. Pas plus sorcier que d’envoyer un courriel. Sauf que l’impact est plus grand!

Pourquoi bloguer? [Blogue 101]

Le but d’un blogue est d’offrir pignon sur rue à une personne ou une association, et de permettre une archive de l’évolution d’une situation. Un blogue permet de crystaliser des données autours d’une cause. C’est un outil essentiel qui peut servir à mobiliser l’opinion publique, et faire connaître une cause. C’est aussi une mine d’or d’informations pour des journalistes, des institutions ou des citoyens qui s’intéressent à la cause et aux individus actifs dans ce groupe. Et c’est finalement un moyen très puissant de connecter les gens entres eux, d’échager et de partager leur opinion.

Réalisateurs et réalisatrices: prenez votre place sur le web!

Je suis plus convaincue que jamais que les réalisatrices - et les réalisateurs aussi, d’ailleurs! - doivent prendre leur place sur l’Internet, dans les réseaux sociaux, et sur les sites de distribution et de partage des vidéos: Vimeo, YouTube, Dailymotion, BlipTV, Google video. En février dernier, j’ai décidé de tenter d’élargir les horizons des réalisatrices face au web 2.0, en donnant des formations, et en les (vous) invitant à divers panels et événements qui pourraient les (vous) aider à apprivoiser l’Internet. La réaction a été très positive. Mais passer à l’action en utilisant ces outils prends davantage qu’un atelier de quelques heures. Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, c’est une question de culture: comprendre l’Internet ce n’est pas seulement publier un billet, c’est saisir sa portée et s’impliquer dans les réseaux qui s’intéressent aux sujets connexes. Les sujets? On parle ici de féminisme, de cinéma, de vidéo, de télévision, de web-tv, de webdocumentaire. Car il ne faut pas se leurrer: le métier de réalisation est en pleine mutation. Et ne pas se préparer à cela est d’une grave erreur. Les femmes trouvent qu’elles sont désavantagées par rapport aux hommes? Ça tombe bien les filles, les gars ne sont pas en avance sur vous, pour une fois! Et le web est le lieu par excellence pour innover et agir de façon indépendante. On peut faire de la création sans intermédiaires, et trouver des façon nouvelles de financer ce travail.

Commencez par le début: informez-vous en suivant des blogues sur des sujets qui vous passionnent, répondez aux commentaires, soyez audacieuses, postez vos vidéos, faites votre propre blogue, investissez Twitter, faites du bruit sur Facebook, inscrivez-vous à LinkedIn, partagez vos signets sur Delicious. À vous de choisir votre plan d’action. Mais ces moyens sont gratuits et vous permettent d’entrer en contact avec les autres, de trouver du travail, des contacts, des contrats, des sujets, des pistes de recherches, des lieux de tournages, des personnages et des ressources pour vos films*. Et peut-être aussi de changer le monde, un peu.

* notez que ces conseils s’appliquent aussi aux hommes! ;)

2 Commentaires

  1. Soumis le 2009/05/08 à 08:54 | Permalien

    Comme qui dirait, tu peux amener le cheval à la rivière, mais tu peux pas le forcer à boire…

    Ce que Lucette ne comprends pas, et manifestement elle n’est pas la seule, c’est que si les réalisatrices “rayonnaient” comme du monde sur le Web, à la pleine puissance de son train haute vitesse, elles n’auraient plus besoin d’être un groupe de pression.

    Ce qui revient à faire un constat désolant. Les filles aiment mieux chialer que de réussir.

  2. Soumis le 2009/05/08 à 11:10 | Permalien

    je ne suis pas certaine que les filles aiment mieux chialer. Je pense que c’est juste une autre approche. Mais c’est bon de se mobiliser, de faire des choses ensemble. Je pense simplement qu’il existe plusieurs façon de faire, et que nous (femmes de web) avons complètement une autre approche. C’est globalement que nous verrons les choses évoluer. Je trouve simplement dommage de ne pas centrer les actions sur des trucs plus constructifs que des rapports d’étude et la construction “d’un vrai site web”. Je veux dire que les RÉ s’apprêtent à se faire un site web, en plus du blogue. Personnellement, je pense que cet argent pourrait être mis sur autre chose, comme des courts métrages disséminés sur le web, par exemple. Mais grand bien leur fasse. Je leur souhaite bonne chance dans cette démarche.

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