Vidéo québécoise: la conquête du Far web

Voici quelques réflexions sur l’état de la vidéo sur le web, d’un point de vue du contenu Québécois.

Les réalisateurs et réalisatrices, très nombreux au Québec, gagneraient vraiment à envahir le web pour déverser leur talent aux quatre coins de la planète! Notre petit écran (la tivi), et notre grand (le cinéma), ne sont pas assez vastes pour tout ce que nous avons de beau à conter!

Les producteurs télé au Québec

Tout d’abord, il y a eu deux articles de Nathaëlle Morisette, publiés dans la Presse d’hier et d’aujourd’hui. Le premier article faisait état du “retard” au Québec, par rapport à la production de contenus vidéos exclusifs pour le web par des producteurs québécois. C’est le point de vue des producteurs télé. Il y a quelques temps déjà qu’ils parlent de leur souhait de faire le saut, mais par crainte et par méconnaissance, ils n’y sont pas encore, et ne semblent par près d’y être… Donc, oui, les producteurs sont en retard. La fusion des fonds des nouveaux médias amplifie ce problème, car toute production (financée) sur le web devra dorénavant être absoluement liée à une production télé. Aucune latitude pour faire subventionner des créations originales et exclusives sur le web. Net recul. C’est désolant.

Les créateurs de web-tv au Québec

Puis, un second article paraissait ce matin, cette fois avec la réaction des pionniers (ici pionnières), en la parole de ma chère Blonde et de la sympathique Catherine. Cette réponse est tout à fait juste, car il y a une production bien vivante et bien active au Québec, et depuis bien longtemps (pensez à nos Têtes à claques, aujourd’hui exportées en France). Mais ce sont les créateurs eux-mêmes qui sont présents sur le web, sans intermédaire (tous s’auto-produisent, à quelques exceptions près). Mon constat va aussi en ce sens: les créateurs de contenus vidéo sur le web ne sont pas si nombreux, par rapport à la pépinière de talents que porte notre sol…

La place des réalisateurs: sur le web!

Mon constat est surtout par rapport à mes confrères et consoeurs réalisateurs (qui ont une vision, du talent, une expertise cinématographique ou télévisuelle), et qui sont peu présents sur le web, par rapport à tout ce qu’ils produisent. Il n’y a peu ou pas de Kinos en ligne, par exemple (Alex, es-tu là?). Alors qu’il existe une énorme quantité de beaux petits films qui gagneraient à être partagés avec la planète, non pas seulement vus par les centaines de personnes qui se déplacent pour voir ces films (ou vidéos) en salle.

Osez explorer autre chose que du linéaire

De plus, les contenus vidéos sont offerts tel quel, sous forme linéaire. Le web offre des possibilités largement plus vastes qu’un contenu linéaire, qui vous amène d’un point A à un point B, en plein écran. Pensez aux jeux vidéos, aux microsites, aux ARG, pensez à des oeuvres riches comme Le voyage au bout du charbon. Créateurs d’ici, ouvrez vos horizons! Osez! (ouf, je me mets de la pression moi, là là). Les réalisateurs et réalisatrices, très nombreux au Québec, gagneraient vraiment à envahir le web pour déverser leur talent aux quatre coins de la planète!

Silence radio du côté de l’ARRQ (Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec)

Je constate aussi que mon association, l’ARRQ, est complètement absente de ce débat. À la dernière assemblée annuelle (j’avoue avoir quitté avant la fin, je suis partie à 23h30…), il n’y a pas eu de discussion à propos de l’Internet [je dois dire que le débat crucial tournait autours de l'entente négociée depuis de trop nombreuses années avec les producteurs télé]. On nous annonçait que le site de l’ARRQ va être restauré pour des raisons “graphiques”. On est loin des réseaux sociaux, vraiment très loin. (note: Quand on tente de pointer sur la fiche d’un réalisateur à l’intérieur de la banque de donnée, on tombe sur l’outil de recherche général, ce n’est pas génial pour le référencement). Quand j’ai demandé, il y a quelques années, pourquoi l’ARRQ n’a pas de blogue, on m’a répondu que les réalisateurs préfèrent reçevoir les informations par courriel. Nous avons droit cette année à un courriel amélioré (!) avec des photos et des hyperliens. Ouf. Quand je parle de chemin à parcourir. Je comprends que cela tiens de la méconnaissance de l’Internet, mais en 2009, avec la pluie d’information à propos de l’Internet (MySpace, Facebook, Twitter, YouTube ne sont plus exactement des trucs marginaux, quand même), il me semble un peu étrange d’en connaîre si peu à ce sujet. Surtout quand on claironne haut et fort depuis plusieurs années qu’Internet est le lieu d’une révolution de la production, de la diffusion et de la distribution de la vidéo. La dernière édition de Digimart 2006 (il y a 3 ans!!!) était on en peu plus claire à ce sujet: mais les producteurs et réalisateurs québécois n’ont pas saisi le message, semble-t-il.

L’offre mondiale: la place du Québec

L‘offre de contenus de qualité sur le web en provenance de pays européens et américains est très grande. Certains y verront de la compétition, alors que ma vision est plus large. Oui, nous nous trouvons étourdis face à cette surabondance de contenus, et les réalisateurs et producteurs québécois doivent faire leur place dans cette grande offre. Mais cela devient une force, car nous pouvons aussi rejoindre un public international (la francophonie sur la planète, branchée en haute-vitesse). Il faut réviser notre mentalité et avoir une approche globale de “citoyen du monde”. Les francophones expatriés aux quatre coins de la plantète sont très heureux de trouver des contenus francophones qui parlent de réalités et de sujets qui les touchent. Il existe aussi de nombreux francophiles (des gens qui aiment le français et le comprennent, mais qui ne sont pas d’origine francophone). Et enfin, il est relativement simple d’offrir des contenus avec des traductions (en toutes langues) avec des outils collaboratifs disponibles sur le web. Ceci signifie que tout contenu spécialisé peut trouver son public sur la planète, et ce peut importe la langue. Vous voyez qu’il faut ouvrir ces horizons quand à notre approche de production…

Penser local: utiliser les outils des médias sociaux sur Internet

En même temps, la force du local est un aspect sur lequel il faut miser. Les gens sont très liés socialement, et de multiples outils nous permettent aussi d’utiliser les technologies et les outils sociaux disponibles sur Internet de mieux résauter localement, dans notre village, notre quartier, avec nos voisins. La recette du succès est là: comprendre comment bien ancrer le web à la réalité. L’exemple de la musique est très clair: les musiciens qui donnent gratuitement leur contenu récoltent les fruits en salle. On a qu’à penser à mes chou-chou du web français: La Chanson du dimanche. Ils ont débuté sur le web, avec des petites vidéos. Ils font maintenant des spectacles à guichet fermé dont le public connait par coeur toutes les paroles. Ils n’ont pas encore fait leur premier disque. Bon exemple du renversement de la “chaîne de valeur” comme l’appelle mon collègue Martin Lessard.

Financement

Ceci est un vaste débat. Mais c’est à nous de trouver des pistes pour financer des productions pour le web. Il n’existe pas de recette, pas de modèle. C’est là toute la force (exploration du Far web par les valeureux Cow-boys que nous sommes), et toute la difficulter de produire des contenus pour le web. En attendant de trouver des stratégies d’affaire et de nouveaux modèles, il faut considérer que la visibilité qu’offre Internet a des répercussion sur les ventes de contenu vidéo. Mais où trouver l’argent pour le démarrage? La clef ne parviendra pas des subventions, semble-t-il, pas avec la disparition du fond des nouveaux médias… Et pourtant, si le gouvernement misait davantage sur des créations originales pour le web, nous pourrions voir fleurir notre créativité sur le web avec encore plus d’éclat!

3 Commentaires

  1. Soumis le 2009/05/08 à 10:50 | Permalien

    Je te rejoins à 100% dans le propos de ton commentaire. Je me demande si tu vises le bon auditoire. J’écoutais Guy Kawasaki qui expliquait comment les marchands de glace n’ont pas mis en marché le réfrigérateur. Pensons à Youtube qui est une création d’employés de Paypal. Le concept aurait du émaner de CBS ou NBC. Il y a des milliers d’autres exemples dans le même genre. Bref, je doute que l’industrie québécoise de la production soit apte dans ses schémas à faire le saut de la webvidéo.

    Qui alors? Des geekvidéastes…
    J’ai la particularité d’avoir trippé sur le web dès le début (1993), d’avoir un background fort en informatique (7 ans programmeuse analyste), d’être cinéaste de coeur (si j’ose dire ça ainsi) et vidéaste professionnelle (5 ans). L’intersection pour moi, c’est la webvidéo. C’est des gens comme moi à qui il faut parler. C’est des hybrides entre la geekitude et l’art vidéo qui vont te suivre. Ma réflexion en est là. (Malgré ce que je dis, faire une conférence aux réalisatrices équitables me tenterait fort pour dénicher les geekettes qui s’ignorent.)

    J’aimerais lancer un laboratoire de création webvidéo. Ça serait un lieu avec une infrastructure mini-studio pour faire du webcasting et qui provoque les rencontres entre créateurs vidéos et créateurs web. Un espace d’expérimentation viral. Si ça t’intéresse de cogiter ça avec moi, let’s go!

    Pour le financement, ça va venir avec le succès. Pas l’inverse. Mais je suis d’accord que l’état doit prendre une autre tangente. C’est dommage que de ce côté il n’y ait pas un engagement fort envers la création webvidéo.

    Finalement, pour les créateurs webvidéo québécois actuels, j’ai une petite critique. Avant bravo de faire de la webvidéo, je vous adore et je vous soutiens et ma critique se veut constructive pas destructive. Je trouve que vous êtes trop pris dans le carcan de création télévisuel. Vous n’innovez pas assez avec votre médium. Je vous invite à penser comment la télé fonctionne parce qu’elle est obligée de le faire, dans ses limites et de vous questionner à savoir si le web impose les mêmes limites. Aussi, les réseaux sociaux. Utilisez les, dans votre création pas juste pour faire de la promotion!

    Merci Yannick de te démener pour la webvidéo. Je suis avec toi :o)

  2. Soumis le 2009/05/08 à 02:42 | Permalien

    Merci pour ton commentaire. J’embarque aussi avec toi, 100%! Je réponds positivement à ton invitation.
    Je pense que tu vois juste. Ce sont les geeks-vidéastes qui vont faire le saut, les êtres hybrides. Mais en même temps, j’ai envie de les vidéastes de talents qui connaissent bien les formes plus traditionnelles s’intéressent à ce nouveau territoire d’exploration, viennent défricher et s’approprie ce lieu vierge et ouvert à tous les possible. Je sais bien que ce n’est pas quelquechose qu’on apprends en 2 secondes, et ça ne se provoque pas en s’inscrivant à Facebook et en ouvrant un nouveau blogue. C’est un apprentissage long et lent, comme une relation durable. C’est à coup d’exploration et c’est seulement avec curiosité qu’un artiste peut s’approprier ce territoire. J’ai maintenant très envie de m’occuper de mon propre terrain de jeu, de jouer dans mon carré de sable avec les amis qui sont là…

  3. Soumis le 2009/05/26 à 05:41 | Permalien

    Bonjour, d’abord merci pour ton blog.
    Des perspectives de cinéastes face au web sont essentielles.
    Je m’active aussi de ce côté et me concentre sur le design d’informations autour de l’”idée” de séquence cinématographique. Comment évolue-t-elle au coeur d’internet? Comment la revisiter dans ce contexte? Je pense que des canaux de communication et collaboration créatives entre cinéastes et codeurs (programmeurs) permettent d’explorer ces questions. Ces canaux peuvent progressivement mener à démystifier les pratiques respectives, cinématographiques et informatiques. En ce sens, je voulais te mettre sur la piste de http://www.vuvox.com/. Ce type d’application web permet le mashup, remix de photos et vidéos extraits des sites de partage (Flickr, YouTube, … pas encore Vimeo). Je l’aborde comme une version Internet de la table de montage : des plans d’un côté, leurs connexions de l’autre. Seulement, le résultat n’est plus fixe. Il peut se remixer, se recomposer sous de nouvelles formes à partir des mêmes données. Actionscript et les ressources des APIs (interfaces de programmation) ouvertes de YouTube, Flickr & co. sont les technologies derrières Vuvox. Les principes derrières ce genre de logiciel proposent des avenues fascinantes à une frontières entre création et webdiffusion. Ils proposent de fondre web et audiovisuel au delà de la vidéo intégrée à la page web. J’espère qu’ils pourront inspirer l’un de tes blogs.
    À+

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