Cette forme documentaire se développe de plus en plus sur le web. Parfois près du journalisme, certains projets sont plus poétiques ou cinématographiques, offrant divers degrès d’interactivité. Il est fascinant d’explorer ces univers où l’on tente de nouvelles façon de raconter les histoires documentaires et de les recueillir. Certains de ces projets existent depuis quelques années, et ce bilan vous permet un beau tour d’horizon pour découvrir ou redécouvrir certains projets. Voici mon petit palmarès, ramassé au fil des ans. Merci à tous ceux qui m’ont fait découvrir ces projets, par Delicious, par Twitter, par RSS ou en personne!
6 milliards d’autres(Prod Yann Arthus Bertrand, 2003 à aujourd’hui). Très riche projet qui propose plus de 5000 témoignages de partout à travers le monde sur des thèmes universels et rassembleurs: l’amour, l’argent, la peur, le travail, la famille, les souvenirs. Le projet est né en 2003, le but est “de dresser un portrait sensible et humain des habitants de cette planète”. 6 réalisateurs ont parcouru le globe, 73 pays, pour faire 5000 entrevues pour en tirer 150 heures de vidéos sous formes de portraits sous-titrés en anglais et en français, accessible sur Internet. Lire mon billet à ce sujet.
Voyage au bout du charbon- Asie-Pacifique - (Prod. Le Monde.fr). Utilise les principes du jeu, ce parcours dont vous êtes le héro fait de vous un journaliste qui enquête dans les mines de charbon en Chine. Vous y découvrez des superbes photos et des témoignages audio qui racontent les dures conditions de vie des travailleurs.
Le corps incarcéré (Prod. Le monde)* Le premier prix du meilleur webdocumentaire France 24-RFI 2008, dans le cadre du festival international de photojournalisme Visa pour l’Image • Témoignages documentaires • Belle utilisation des média s photographiques et audio • Qualité du traitement, et des thèmes abordés: contenu fort • Se déroule en prison / plutôt poétique.
Gaza-Sderdot(prod. ARTE). Un documentaire interactif produit par Arte, qui pose un regard sur la situation Israëlo-Palestinienne près de la bande de Gaza Lire mon billet à ce sujet.
Capturing reality(ONF/ NFB) de Pepita Ferrari. Impressionnante collection de témoignages à propos de cinéma documentaire. Archive de grande valeur, présentée de façon élégante et épurée. À explorer pour l’amour du cinéma documentaire et la qualité des rencontres avec Werner Herzog, Errol Morris, Michel Brault, Serge Giguère, Peter Wintonick, Catherine Martin, Sylvain L’Espérance et plusieurs autres.
Interview project of David Lynch Le grand cinéaste propose du contenu documentaire dans la plus pure démarche de rencontre de personnages colorés et authentiques, mais en proposant de livrer ces rencontres au fil de son chemin à travers les États-Unis que nous pouvons suivre sur une carte géographique.
Camérawar.tv Intéressant projet d’un cinéaste qui propose aussi une vision différente de son Amérique. Vision des alternatives possibles dans une amérique contrastée. Segments documentaires montés auquels on accède simplement en sélectionnant une icône (avec titre et durée) sur une bande graphique. Interactivité limitée, mais exploration plus aléatoire intéressante. Voir aussi le blogue.
Dropping knowledge (partage de témoignages) Site où les utilisateurs peuvent envoyer des questions, et avoir quelques pistes de réponses de la part de divers spécialistes mondiaux (scientifiques, professeurs, artistes, penseurs, politiciens, visionnaires).
Behind the veil Projet du Globe and mail à propos de la dramatique situation des femmes en Afganistan. Touchant projet journalistique. Force des témoignages, proximité de l’action. Traitement très journalistique: nouvelle avenue possible pour le journalisme classique?
Live Hope love: Living and loving with HIV in Jamaica. Beau projet à propos du SIDA en Jamaïque. Belle intégration de poèmes et photographies. Narrations et photographies nous entraînent dans un univers immersif avec quelques possibilités d’interaction au niveau de la navigation. L’immersion est très réusie, et la musique enveloppante.
Adoma, vers la maison? (Thierry Caron, France) Documentaire sur une maison de transition pour gens démunis en France. Témoignages documentaires plus proche du reportage, mais tout de même saisissants. Utilisation épurée de la navigation. Accès par une représentation graphique de “la maison”.
Bucharest bellow ground Web-doc à propos de la vie des itinérants de Bucharest. Très belles photos noir et blanc, témoignage audio. Navigation épurée et limitée, mais organique.
Thanatorama Web-doc à propos du traitement réservé aux corps des défuns en France. Photo et narration, lien très personnelé. Principes ludiques de navigation: vous faites votre parcours selon les options offertes. “Aventure dont vous êtes le héro mort”.
Times of crisis (prod. Reuters) À propos de la crise économique. Information journalistique à propos de la crise financière, infos et photo, quelques vidéos.
PIB / GDP (ONF / NFB) Projet canadien à propos de la crise économique actuellement en production. À suivre avec intérêt.
Qui nous sommes/Who we are (Prod. ONF) Une production de l’ONF qui est toujours en mode “beta”. Des immigrants de partout dans le monde témoignent de leur vie canadienne. Le contenu est proposé par les habitants eux-mêmes, encadrés par l’ONF. • Mozaique intéressante pour accèder au contenu • Variété de façons d’explorer le contenu • Relié au fil de nouvelles du jour • Possibilité de plein écran • Blogue.
Montréal en 12 lieux (Prod. Urbania, 2005) Projet avant-gardiste ludique offrant beaucoup à explorer. Témoignages audio, photos animées, vidéos. Aspects ludiques intéressant, mais il faut être un usager averti car la navigation audacieuse sèmera vite les néophythes de la souris. Difficile de se répérer dans l’architechture du scénario.
De Mao aux J.O. Un promeneur de Pékin aujourd’hui (Prod. Arte 2007). Très belle intégration graphique des éléments, de la carte qui permet d’accéder aux vidéos. Peu d’interactivité avec le public.
Génération Tiananmen : avoir vingt ans en Chine (Prod. Le monde) Projet journalistique où une narration forme la trame du récit, sur des photographies. Une section nous offre des témoignages de deux jeunes Chinois sur des thèmes données.
Bearing Witness(prod. Reuters) Site journalistique à propos de la situation en Iraq.
La cité des mortesweb documentaire sur l’affaire des 400 femmes assassinées à Ciudad Juarez.
Mediastrom: Plusieurs projets documentaires sur le web, offrant une interactivité limitée. L’interface de départ est intéressante, en survollant les images, on entends les témoignages qui nous incitent à sélectionner le projet donné pour l’explorer. Leurs diverses productions de vidéos documentaires sociaux sont rassemblées sur une interface interactive: Intended consquences, Dfritless, Common ground, Ninth Floor, et Rape of a Nation by Marcus Bleasdale (Prod / Washington post) qui est un mélange de photos et de vidéos, et de témoignages audio (narration) à propos du Congo. Essentiellement un vidéo linéaire sous lequel on peut poster des commentaires. Portrait à hauteur humaine de la situation, sous forme de portraits et de témoignages.
Ligne 4: Différents projets journalistiques documentaires photos, texte et audio. En Français et en anglais. Interactivité limitée. Nouvelle avenue du journalisme.
Projet de mémoire à propos de web documentaire par Emiland Guilleme, propose un certain regard critique. Entrevue avec des spécialistes qui parlent du genre webdocumentaire.
Chris Jordan est un artiste qui a saisi les mécanismes d’une sensibilisation à des problèmes sociaux et environnementaux. Ses séries “Running the numbers” ou “intolerable beauty” exposent clairement l’absurdité de notre société de surconsommation. Il pose un regard poétique et critique sur la réalité crue américaine (mais qui va bien au-delà): des tonnes de déchets forment un amas dont l’existence est un non-sens. Ces images nous renvoient à notre réalité collective, qui peut sembler tolérable sous un angle individualiste. Mais ce regard global est nécessaire, et sa démarche artistique nous aide à prendre conscience de l’ampleur du désastre. Je me demande si des gens insensibles à l’environnement (il y en a, à divers niveaux) sont touchés par ce type d’images. Accolées aux saisissantes statistiques, ses images me touchent, me renversent.
426 000 téléphones cellulaires jetés chaque jour aux États-Unis seulement (source: chiffres et Photographies de Chris Jordan)
Et l’impact du travail de Chris Jordan touche aussi à des problèmes sociaux, tels la possession d’armes, la chirurgie plastique. Ici:
barbie dolls, 2008 - depicts 32,000 barbies, equal to the number of elective breast augmentation surgeries performed, monthly in the US in 2006. By photographer Chris Jordan.
Je vous invite à regarder la présentation de Chris Jordan à TED.
Le documentaire n’a ni l’éclat, ni le faste, ni la cote des films de fiction. Pour les enfants, et pour bien des adultes, ce ne sont pas de “vrais” films. Mais pourtant, les documentaires sont des outils de changement social. Les films panphlets, les films activistes et quelques documentaires populaires (Qui ne connait pas Michael Moore de nos jours?) ont amenés la société à des changements et les citoyens à des prises de concsience. Et quelques films de propagandes sont passés à l’histoire, peut importe les allégances défendues…
Donc, tout documentariste engagé réalise un projet dans l’optique de partager une vision, mais aussi avec l’espoir de contribuer à une transformation sociale, une évolution vers un peu plus de conscience. La charge est lourde si on place trop d’importance sur une seule oeuvre, mais elle devient une pierre dans la construction d’un nouveau monde, pour qui arrive s’insérer dans un mouvement global de changement social.
En tentant de faire des oeuvres documentaires sur le web, le défi est grand. Mais l’aspect interactif peut changer la donne. La perception d’une oeuvre documentaire est différente si on peut y prendre part, y contribuer directement. Mais, selon moi, l’auteur doit toujours conserver un point de vue éditorial assez fort afin d’orienter l’oeuvre et les réflexions qui viennent la nourrir. Sans empêcher la multiplicité d’opinion, mais en orientant le sujet. Le défi est de taille pour faire une oeuvre percutante, mais les outils sont existent. Pour les documentaristes, il faut éviter de tomber dans le piège d’une oeuvre linéaire et statique simplement transportée sur Internet, mais exploiter le plein potentiel des outils offerts: réseaux sociaux, outils de partage et d’échange, outils d’indexation, de géo-localisation, de sous-titrage.
J’ai vu “The Cove”. Ce documentaire activiste nous présente la bataille de Richard O’Barry, entraîneur du célèbre “Flipper”, pour démanteler la vente de viande de dauphins dans un village japonais. Le documentaire est pertinent, le sujet essentiel. Mais il amène une reflexion plus large qui dépasse le cas de ces dauphins qu’on massacre pour leur viande, et qu’on utilise pour notre bon plaisir de spectateur. Est-ce légitime de traiter les animaux de cette façon “en général”. Je suis d’accord que le sort qu’on réserve à ces animaux est cruel et inhumain, mais pourquoi serait-il plus éthique de traiter de la sorte les chevaux, les vaches, les poules et les cochons?
De plus, je trouve que la forme bien conventionnelle de ce documentaire est décevante. Je m’attendais à un film-choc, à être jetté en bas de ma chaise, mais ce ne fut pas le cas. Des longueurs et quelques entrevues un peu banales n’enlèvent rien à la pertinence du sujet, ni à l’importance de l’enquête menée par le cinéaste.
Crude est un documentaire à propos du prétrole et de la bataille judiciaire de familles équadoriennes empoisonnées par de grandes compagies pétrolières.
Est apparu cette semaine sur le web cette nouvelle vidéo qui présente l’impact des réseaux sociaux sur Internet. Plusieurs chiffres intéressants pour chasser les doutes des sceptiques de l’industrie du cinéma ou de la télévision au Québec.
Cette vidéo s’inscrit dans une mouvance et une ethétique de vidéos viraux où des données sont présentées de façon graphiquement dynamique, avec une musique entraînante, pour expliquer des phénomènes Internet. Voici quelques classiques:
Tout d’abord, à propos de Creative commons
À propos de la neutralité Internet
Cette superbe vidéo, du Vancouver film school, à propos des blogueurs iraniens:
La sortie américaine est le 14 aout. C’est une production de Zeitgest films. À propos du mouvement environnemental américain, et de la possible sauvegarde de la planète. Earth days
C’est à travers cet article du LA Times à propos du financement des films environnementaux que j’ai appris la sortie américaine de ce nouveau documentaire écologiste. C’est aussi dans cet article que j’ai découvert la sortie en septembre (aux É-U) de NO IMPACT MAN, un documentaire qui présente une famille qui tente de vivre une expérience de tenter de ne laisser aucune empreinte écologique. Beau défi, qui semble aussi amener son lot de redécouverte de la vie. Heureusement, on pourra sans doute les trouver intégralement sur le web.
Le documentaire FLOW nous présente la menace bien réelle de la disparition de l’accessibilité à cette ressource naturelle et essentielle à la vie: l’eau. L’or bleu sera l’objet de grandes batailles dans les années à venir, au même titre que le pétrole. Et c’est déjà commencé. Entre la surconsommation effrenée et la surexploitation par une poignée de multinationales avides de profit, les citoyens paient le prix. De l’Afrique où il est parfois difficile d’avoir un simple accès à de l’eau potable, à l’Inde où la mobilisation a réussi à faire reculer les grosses compagnies qui polluaient l’eau des villageois jusqu’au Michigan où les cours d’eau naturels sont drainés de manière démesurée: on assiste à la sourde menace de l’argent qui contrôle cette ressource vitale. À nous d’agir pour la protéger, et protéger les générations à venir. Contrairement au film “Home” ou aucne action concrète n’était attachée au film, “FLOW” encourage les citoyens à militer et signer une pétition pour faire ajoutter un article à la Déclaration universelle des droits de l’homme concernant l’accessibilité à de l’eau potable et gratuite pour tous les humains.
Article 31:
Everyone has the right to clean and accessible water, adequate for the health and well-being of the individual and family, and no one shall be deprived of such access or quality of water due to individual economic circumstance.
Portrait juste et touchant de l’activiste Ingrid Newkirk, présidente du groupe PETA pour la protection des animaux. Le film fait la lumière sur les pratiques parfois choquantes et très médiatiques utilisées par la plus importante organisation de protection des animaux. L’attitude et les pratiques mises en place par cette femme de conviction dérange. Mais ce qu’elle contribue à révéler depuis 25 est extrêmement dérangeant. Leurs actions d’éclat ont grandement contribué à faire avancer la cause, quoique ces détracteurs puissent en dire. En regardant le film, on ne peut que réfléchir à nos choix de société par rapport à notre lien aux animaux, aux élevages et à la façon dont notre système les traite comme des objets de consommation.
Réflexions
Je ne suis pas végétarienne. Mais moralement, j’ai toujours pensé que je devrais l’être - je ne parle pas ici de mes convicitons écologistes où il est évident que diminuer sa consommation de viande réduit notre empreinte sur la planète-. Mais je vis dans un système où il est moralement correct de consommer de la viande, un système qui a même élevé cette attitude au rang de raffinement depuis des siècles. Cela même amène une réflexion. Nous avons perdu tout contact avec la terre et les fermes d’où proviennent les nourritures que nous consommons. Les enfants sont surpris quand du sang se trouve sur une assiette de viande crue. Je dois alors réponde: “c’est normal, c’est un animal mort, il saigne”. Et quand on y pense vraiment, c’est déguelasse. Mais on arrive à un niveau d’abstraction si grand qu’on peut manger cette viande sans penser une seconde que cet animal a souffert, qu’il a eu peur et qu’il a cessé de jouir de la vie pour notre bon plaisir. De la même façon, on jette tous nos déchets à la poubelle en pensant qu’ils disparaissent de façon magique “pfffouuuiiissshhh” et nous n’en sommes plus responsables.
Effet documentaire
Ce film est efficace car il entre dans la vie d’Ingrid et nous la présente comme un être sensible et touchant, dont les valeurs et les convictions bousculent. Le film nous présente une personne intégre qui ne recule devant rien. Nous comprenons qu’elle utilise les médias comme levier et comme outil. On comprends aussi que ces fortes convictions ont fait d’elle un symbole de l’activisme extrême dont la plupart des gens veulent s’éloigner. Ce documentaire se rive à l’action et aux personnages pour nous présenter les situations concrètes du quotidien de l’organisme PETA, tout en greffant des éléments narratifs qui permettent de comprendre l’historique de PETA, à travers les voix des membres et détracteurs. Au final, l’oeuvre fait réflechir et entraînera sans doute certaines personnes à poser des gestes concrets afin de transformer notre société en un monde où règne davantage de compassion.